POINT LECTURE

Il y a beaucoup à penser et à réfléchir et cette page y est justement dédié. Un article, un ouvrage, une vidéo, une action, un site, un témoignage  ou encore un projet de loi, tout est propice à laisser nos esprits argumenter et contre-argumenter !

Ici vous trouverez donc différentes analyses des informations qui circulent sur la toile comme sur le papier.

 

Bonne lecture !

 

...et si vous souhaitez vous aussi partager vos réflexions, contactez-nous ;)

 


Le Vegan, une religion fasciste ?

Difficile de rester sans rien dire face à tous ces propos qui ne sont, par ailleurs, pas dénués de sens, mais qui sont très "grossier" et mérite donc qu'on les détricote, qu'on montre les arguments qui ne sont qu'affirmation, ou les sophismes (arguments fallacieux) ! Allez au boulot !!

 

Part 1, RÉSUMÉ

 

      Dans cette vidéo, CASASNOVAS avance que le veganisme est une religion, en se basant sur l'ouvrage de Will Tutlle qui serait La référence du "vegan". Pour le vegan, son idole est son alimentation et tout ceux qui ne sont pas vegan sont méprisable, il a un sentiment de supériorité, il est meilleure que les autres, les autres non-vegans ne valent rien. Il s'appuie sur Gary Yourovsky pour cela en citant un passage où il dit à un public « quelle est votre excuse ? ». Le mode d'action du vegan est à ce titre la stigmatisation et la culpabilisation. Le Vegan déteste l'humain et il est violent, il prends pour témoin la vidéo « Le jugement» de MagiCjack, dans lequel un homme est jugé pour ces actes envers les animaux et serait torturé . De tous ça il conclut que la religion Vegan est fasciste, car elle divise l'humanité en plusieurs catégorie (vegan ou non). Le véganisme est "une détestation" de l'humain, car elle considère l'humanité comme le cancer du monde et pense qu'il faudrait qu'elle n'existe plus. Il diffuse à ce titre l'idée de la surpopulation humaine, qui serait un mythe puisque les ressources ne manque pas en soi, mais son raréfié par un système productiviste. 

 

Pour Casasnovas, le veganisme ne prend de plus (ou logiquement) pas en compte la souffrance humaine, mais également ne prend en compte que la souffrance de certains animaux (d'élevage, les singes, et non les verres de terre). Le vegan ne promeut donc pas le bien-être animal, mais le jugement des hommes. Il ajoute que le veganisme est attaché à l'antispécisme pour qui toutes les espèces se valent. On serait tous égaux. Il n'est pas d'accord avec cette idée pour lui l'humain (adulte) domine tous les autres non de sa violence, mais de sa responsabilité (qui ne lui donne pas tous les droits). Il précise que l'homme est au service de ceux envers qui il a une responsabilité. Il ajoute aussi que le vegan oubli que les peuples premiers consomment des produits animaux.

 

Il conclut sur le fait qu'au lieu que chacun se pense meilleure parce qu'il appartient à la religion Vegan , ou ecolo, ou cycliste, ou etc. qu'on devrait s'unir car la division nous perdra et qu'elle fait le jeu d'un système productiviste fasciste. Notre combat à tous devrait être contre l'idéologie fasciste, productiviste qui réduit tout à l'état d'objet et pour le vivant.

 

ATTENTION : cela reste un résumé je conseil vivement de voir l'intégrité de la vidéo.

LES ERREURS/ SOPHISMES

 

Je ne dirais sûrement pas que le mouvement qu'il décrit n'existe pas, mais ce n'est pas loin. Il y a de nombreuses erreurs, des confusions, des sophismes aussi que nous allons énumérer.

 

Première erreur: partir du particulier pour faire du général

On ne part jamais d'une conception particulière du véganisme (la sienne), pour faire une généralité, et même un universel dans ce cas !

On ne peut pas reprendre un terme communément utilisé et lui donner la définition qu'on veut en excluant celles des autres, en en faisant l'unique définition possible. Ça s'appelle dans le sens commun, stigmatiser, soit attribuer à des personnes une conception qui ne les représente pas, et leur donne une image négative; voir méprisable (dans ce cas notamment).

 

On retrouve plusieurs définition du terme vegane (avec un e, selon les dico) qui reprennent les mêmes éléments sur les sites véganes, il aurait été plus judicieux et rigoureux de partir de ces définitions plutôt que de partir d'une impression personnelle.

 

Deuxième erreur: sélectionner des auteurs et en faire la référence vegan

On pourrait dire que sa définition-analyse du "vegan" n'est pas personnelle mais appuyer sur des auteurs de référence.

Sauf que Gary Yourovsky, MagiCjack et Will Tuttle ne sont pas les seuls maîtres à penser des gens végé (végétariens, végétaliens, vegane) et en plus chaque personne n'a pas les mêmes références, ET chaque personne sait penser (plus ou moins bien) par elle-même. Ça complique pas mal les choses !

Les trois auteurs ont été sélectionnés car leurs propos irait dans le sens de sa pensée sur le véganisme, mais c'est pire puisque les propos ont été sélectionnés, sortie de leur contexte et détourné (sauf pour Gary). De plus, ils sont loin d'être les seules références (voir pour Will Tuttle une référence tout court - en France en tout cas).

Pourquoi ne pas avoir parlé de Peter Singer qui est LA référence outre-atlantique, ou encore de Tom Regan ? Pourquoi ne pas avoir parlé, pour la France, de Matthieu Ricard, d'Aymeric Caron, d'Elysabette de Fonteney, de David Chauvet, d'Yves Bonnardel, de Florence Burgat, de Jeangène-Vilmer, de Patrice Rouget, etc. ? Tous des auteurs qui ont écrit de nombreux ouvrages qu'on retrouve sur les stands des « veganes », des extraits de leurs ouvrages circulent sur les réseaux sociaux ainsi que des vidéos de leur passage à la télé.

De cette manière les questions que posent de veganisme ont complétement été occulter dans sa vidéo pour n'aborder qu'une conception créé à partir de ses propres contradictions.

 

Troisième erreur: l'argument d'autorité

Non seulement les auteurs sont bien sélectionnés, mais en plus leurs propos sont utilisés tels quels (en admettant qu'ils soient non détournés), comme si c'était forcement vrai puisqu'ils l'ont dit. Les idées ou positions sélectionnées sont ainsi soit présentées, soit critiquées comme si elle représentaient l'idée ou la position de tous les veganes.

Ainsi, comme par magie, le veganisme devient une religion "le vegan", parce que Will Tuttle l'a dit... ne vous attendez surtout pas à une explication. Il est pourtant intéressant de lire ce que Will Tuttle dit à ce sujet, et on comprend vite que ce qu'il appel religion n'a pas grand chose à voire avec la conception (plus ou moins négative) que nous en avons en France. Elle est plus proche d'une conception vitaliste et spirituelle qui se fonderait sur l’interconnexion entre les êtres vivant et la compassion qui en résulte: http://www.idausa.org/veganism-religion/

 

Quatrième erreur: sortir une idée de son contexte, de son explication, et donc de son sens.

Celle-ci suit logiquement la précédente, on ne peut utiliser les propos d'un auteur et les détourner de leur sens. Dans cette vidéo il le fait pour Tuttle, et MagiCjack. En effet, dans la vidéo le représentant de l'idéologie carniste n'est pas torturé, mais c'est un cauchemar.

 

Cinquième erreur: erreur au sein d'une erreur

Dans tes propos, après avoir dit que le veganisme est une religion tu en conclus que leur idole est l'alimentation. Sauf que si c'était le cas, il ne pourrait être uniquement l'alimentation (ça c'est le végétarisme et le végétalisme). Précisément le mot vegane a été inventé car il inclut tout produit qui participe à la souffrance d'animaux, à l'exploitation des animaux (définition courante du terme). Cela concerne donc les habilles (cuire, fourrure, laine, soie, duvet), tous les produits cosmétiques et d'entretien (testes sur les animaux, mais aussi pollution de l'environnement des espèces sauvages), le type de culture (sans produits nocifs pour les animaux, mode de culture qui respect l'habitat des autres espèces), l'habitat (qui respect l'habitat des animaux, cohabitation), les projets humains (respect de l'habitat des animaux), les animaux qu'on peut avoir (lutte contre l'élevage d'animaux de compagnie, lutte contre l'abandon, éducation positive, etc.), les animaux qui nous entourent (protection et préservation, lutte contre la chasse et le braconnage) et l'alimentation (absence de produit d’origine animale compris le miel). C'est pourquoi on parle souvent de "mode de vie" et non seulement de "régime alimentaire".

 

Sixième erreur: confondre la cause et la conséquence

L'erreur précédente et le fouillis, le dépatouillement, l'enmèlement de son argumentation  sont dû au fait qu'il mélange cause et conséquence. Le régime alimentaire végétalien n'est pas une cause, le veganisme comme mode de vie stricto sensus n'est pas une cause, mais une conséquence d'une conviction anti-spéciste généralement. J'agis en fonction de mes convictions, soit pour que des animaux ne soient plus exploités, que leur vie soit reconnu comme l'égale de la notre. C'est-à-dire que ce n'est pas mon régime qui détermine ma vie, qui fait mon identité, mais mes convictions dont mon régime, ce que je mange, est une conséquence.

D'ailleurs ce qu'il avance sur ce point est en contradiction avec l'idée que au coeur du veganisme c'est une idéologie fasciste, une détestation de l'humain. Mais "la détestation de l'humain" si on en juge par son propre exemple le nazisme ou le fascisme, n'avait nullement besoin du veganisme, et cette haine envers l'homme se passe amplement du veganisme. Ainsi si l'on prend le racisme, ou le sexisme, qui seraient de la detestation de l'humain, ils se passent du veganisme.

 

Septième erreur : se baser sur son expérience (et quand ça arrange)

La catégorie « animaux » inclut à ce titre toute espèce qui est classifiée biologiquement comme animale, et donc le verre de terre, les fourmis, les araignées, les insectes, etc. également. Il n'est nullement précisé dans la définition commune que les animaux n'inclut que certains animaux, d'ailleurs ce n'est même pas logique avec les auteurs que tu utilises qui ne font pas de spécisme, soit de différence en fonction des espèces animales. Tu t'appuies du coup, enfin on suppose, sur des veganes que tu as dû croiser ou que tu connais et qui ne se soucient pas des verres de terre, mais ce ne sont que des particuliers, et non les représentant des véganes (il n'y en a pas d'ailleurs).

C'est qu'il n'y a pas qu'un mouvement parmi les anti-spécistes, ni parmi les veganes. Chaque auteur à une pensée propre à lui qui diverge plus ou moins des autres, et chaque personne ne suit pas à tous les niveaux ces auteurs et leurs pensées.

Ce serait impossible d'en faire une liste exhaustive, mais par exemple il y a ceux pour qui la vie d'un animal est strictement intouchable, il y a ceux qui pensent qu'en fonction des capacités cognitives de l'être à se projeter il est préférable de sauver l'un ou l'autre dans certaines situations extrêmes, il y a d'autres qui font entrer dans le cadre des considérations morales certains animaux en fonction de leur capacités émotives et cognitives, et non en fonction de leur classification biologique comme animal, etc.

Il y a aussi des mouvements qui défendent l'idée selon laquelle on doit lutter contre la souffrance de la prédation, et d'autres qui défendent que c'est une atteinte à la liberté des animaux.

 

Huitième erreur: penser qu'un mode de vie inclut nécessairement une seule et unique pensée

Vegan, végétalien, végétarien, omnivore, pour chaque mode et/ou entre chaque mode il y a une infinie de possibilité et d'application différente. Par exemple il y a les fléxitariens, les végé sociales, les végétariens piscivores, etc. Ces modes ne disent rien, en soi, des raisons de leur existence, même si on peut en avoir quelques idées. Il n'y a rien qui sous-entend que c'est une religion, ni un mouvement fasciste, ni qu'il doit appuyer le système productiviste, ni qu'il inclut la détestation des humains, etc. Ce ne sont que des modes à ce stade.Les différences entre chaque mode, et pour chaque application différente de chaque mode, s'expliquent du fait qu'elles soient la conséquence d'idées et de sentiments.

 

Huitième erreur: confusion veganisme / antispécisme

Il y a beaucoup de mouvement parmi ceux qui se disent veganes, mais le véganisme n'inclut pas l'antispécisme. Par contre l’antispécisme inclut nécessairement le veganisme.

Le spécisme c'est le fait de discriminer un être parce qu'il est d'une autre espèce, ou d'une telle espèce. Par exemple je vais choyer un chien et militer contre les élevages de chien et leur mise à mort, mais je vais manger du cochon (et donc accepter qu'ils soient élevés et tués). Le véganisme c'est le fait de supprimer/limiter les produits issus de l'exploitation animale.

Je peux ainsi être vegane mais faire preuve de spécisme. Par exemple je vais considéré que l'être-humain ne doit pas exploiter les animaux car ils souffrent et ont une conscience, mais je vais considérer que certains animaux doivent être dominé par l'homme, comme le chien. Ainsi je serais vegane, puisque je ne consommerais aucun produit ayant participer à l'exploitation animale, mais je discriminerais mon chien par rapport à ma propre espèce en ayant une position dominante sur lui, et donc en lui imposant mes choix. Autre exemple, je pourrais sauver une biche d'un lynx, je resterais vegan mais j'aurais fais preuve de spécisme en favorisant la biche plutôt que le lynx.

 

Neuvième erreur: réduire le veganisme et l'antispécisme à une religion fasciste, violente et pro capitaliste.

 

Bien sur certains pensent que seule la violence permettra d'atteindre l'abolition, que seule la peur fait réagir les gens. D'autres pensent aussi que l'homme est un parasite, que certains hommes valent de vivre et d'autre non, qu'ils sont meilleure que les autres...le fascisme, le capitalisme peut être défendu par n'importe qui même un antispéciste, ou un vegane malheureusement.

Mais de même que certains lient anti-spécisme, anti-racisme, anti-sexisme, anti-capitalisme, etc. tous les types d'oppression entre elles, car elles auraient la même source : la domination de certains sur d'autres au prétexte d'une différence non-fondamentale (le sexe, l'espèce, la couleur de peau, la religion, la sexualité, etc.).

 Il est donc extrêmement réducteur et stigmatisant de faire des véganes des fascistes néo-nazis capitalistes du nouvel ordre qui souhaite l'extermination partiel de l'humain et le déteste...

Dixième erreur: les peuples premiers, ou l'exemple du bon sauvage

Ce n'est pas parce que certains peuples premiers (autochtones, aborigènes, racines) exploitent et/ou chassent des animaux que c'est forcement bien de le faire. Les peuples autochtones ou les aborigènes nous apprennent beaucoup, comme d'autres peuples non autochtones, aborigènes ou premiers. Leurs modes de vie n'a pas valeur de bien absolu, ils sont parfois d'ailleurs très différents les uns des autres, la violence et les inégalités ne sont pas absents non plus. Le bon sauvage est un mythe qu'il faut dépasser. Les peuples premiers ne sont pas un argument en soi.

Et ce n'est pas non plus parce que les humains auraient été omnivores dans le passé et auraient survécu en mangeant de la viande qu'on devrait continuer aujourd'hui. Si on en a plus besoin pour survivre, ce n'est plus de la nécessité.

 

LES ARGUMENTS/ IDÉES

 

Une fois qu'on a supprimer tous les sophismes, soit les arguments fallacieux, il ne reste pas grand chose.

 

1- Les images exposées par les veganes: une violence

 

C'est une violence qu'on subit en effet, celle qui est faite par autrui. On se la prend en plein visage, parfois d'un coup. Mais ces images nous font violences parce qu'elles nous touchent, elles nous bouleversent. Elle touche notre cœur, mais aussi notre conscience morale. La culpabilisation est alors inévitable, elle est issue d'un sentiment de honte quant à notre ignorance et la conséquence de celle-ci, la conséquence de nos actions. Cette culpabilité est une réaction de notre esprit morale, il est sein quand il nous permet de nous interroger, quand il nous évite de fuir et qu'il améliore ce monde. Il est nocifs quand il rabaisse autrui, quand il l'écrase, le broie, quand il sert à manipuler et détruire. La culpabilité n'est pas un mal en soi, mais il est dangereux de chercher à la produire chez autrui. En effet, quand la culpabilité est trop forte, trop inacceptable ou la peur trop importante, que la tache semble trop difficile, ou encore quand notre identité en est affecté la personne aura tendance à adopter deux positions:

 

- soit ignorer, rejeter ce qui cause la culpabilité, et ainsi rejeter de même la culpabilité. La personne se repli, elle évite le sujet.

- soit détruire ceux qui font culpabiliser, et ainsi ne plus avoir de culpabilisation et ne plus culpabiliser. La personne devient agressive, voir très violente.

 

Si la première peut être fréquente, la seconde l'est moins et se produit surtout quand la personne n'a pas de solution de repli, c'est-à-dire quand elle se sent elle-même agressée.

 

Montrer une image en soi ne va pas acculé autrui, elle va déranger, elle sera pénible c'est vrai, mais elle n'acculera pas, car autrui pourra toujours tourner les yeux. On ne peut non plus éviter de montrer ces images, elles sont la preuve d'une violence faites à l'encontre des autres espèces, une violence qu'on ne connait pas ou à laquelle on voudrait ne pas penser. Il est important de montrer ces images car elle rappel la vérité, c'est une vérité violente et c'est pourquoi on ne peut d'autant plus la cacher. C'est une question d'exigence morale dont la notion de Justice dépend. Il ne s'agit donc pas d'acculé autrui, mais de l'interroger, de lui délivrer une information, des preuves d'une vérité terrible. C'est donner à autrui la force aussi de changer la réalité et de construire un monde meilleure.

 

2- Les êtres-humains dominent les animaux car il est responsable d'eux.

 

Pourquoi être responsable impliquerait-il que l'on domine ?

Certains auteurs (comme Lévinas) explique, au contraire, que la responsabilité que nous avons envers autrui nous rend assujetti à cet autrui. C'est-à-dire que cette responsabilité (totale) qu'impose la vulnérabilité d'autrui nous rend soumit à cet autrui, et non dominant. Cette responsabilité est totale, c'est-à-dire que je ne peux ignorer la vulnérabilité d'autrui, mais elle ne me permet pas de tout faire. Être responsable ce n'est pas être dominant, c'est respecter autrui dans sa dignité, c'est respecter sa valeur. Cette responsabilité nous l'avons envers tous, et pas uniquement les autres espèces animales.

 

Pourquoi le fait que l'on soit responsable, impliquerait que nous ne soyons pas égaux ?

 

La responsabilité que nous avons envers les animaux n'implique pas que nous ne soyons pas égaux. Par exemple, je suis responsable de ce chat car il est dépendant de moi. Cette dépendance c'est l'homme qui l'a créé et imposé à ce chat, j'ai une responsabilité totale qui implique que je respecte ses besoins et désirs autant que les miens. Ce chat est à ce titre mon égal, ses intérêts son égaux aux miens, la valeur de sa vie est égale à la mienne.

Je ne suis responsable que de ceux qui peuvent me toucher, me parler, au sens de ceux qui peuvent éprouver la vie comme moi. Je ne suis responsable que de mes égaux, soient ceux qui sont capables de souffrir, qui ont des intérêts à vivre (conscience).

Ainsi je ne suis pas responsable des fleurs, de l'herbe et des carottes, car ils n'ont pas de capacité à souffrir, ni de conscience. Ils vivent certes, mais nous n'avons pas de responsabilité à leur égard, nous ne sommes pas non plus supérieur ou dominant d'ailleurs. La supériorité et la domination ne sont possible que sur des égaux à vrai dire. On est pas supérieur à une fleur, et on ne domine pas une carotte. On ne peut être supérieur à ce qui se fou de nous, à ce qui n'a pas besoin de nous, à ce qui n'a pas conscience de nous, à ce qui vie avec ou sans nous, à ce qu'on ne peut pas assujettir. On peut mettre une fleur en pot, détruire une espèce de plante, mais la plante s'en fou, car cette plante appartient à un tout dont on dépend nous par contre totalement. Cette plante n'a pas d'importance existentielle dans son unité ou son espèce, mais en tant que vivant. C'est le vivant qui à une importance existentielle, une importance et une puissance qu'on ne domine certainement pas, puisqu'on en fait partie, tout autant que la plante.

 

 3- Il y a plusieurs sorte de rapport à l'animal.

 

C'est vrai, il y en a beaucoup de possible, il n'y a pas que antispéciste ou carniste. Cela dépend de la manière dont on conçoit l'homme par rapport au monde et par rapport aux animaux. On peut considéré les autres espèces comme des objets et les traiter comme tel, on peut les considérer comme des éléments d'un byotope et les traiter comme tel (soit comme élément d'une espèce), on peut les considérés comme espèce totem ou non (si l'animal est de mon totem il est de ma famille, sinon je peux le tuer), je peux considérer l'animal comme une personne et le traiter comme mon égal, etc.

 


point lecture:

"La Violence de l'humanisme"

Patrice Rouget

 

 

  Chèr-e-s ami-e-s antispéciste, si vous voulez en mettre plein les dents, enfin la tête, aux septiques et satiriques qui vous entourent ou que vous allez probablement rencontrer, ce livre est idéal. Non pas qu’il donne des arguments pour chaque question qu’on vous posera, mais plutôt qu’il vous permettra toujours de remettre en place les plus sûr d’entre eux car l’auteur s’attèle à une tâche des plus importante : déconstruire les fondements du spécisme !

Et pour mes chèr-e-s ami-e-s pour qui le mot spécisme est étranger (le spécisme est au racisme ce que l'espèce est à la race) je vous invite à embarquer avec nous dans ce voyage des plus intriguant, chaotique mais régénérant !

Il ne s'agit pas que de spécisme d'ailleurs, car ici le spécisme c’est ... tatadam, le fondement de toute forme de discrimination, de toute forme de domination ! Du moins c’est ce que nous démontre avec puissance Patrice Rouget dans cet ouvrage des plus passionnants. Ces dominations l’auteur les appels sous un même nom : l’humanisme. Il n’est pas question ici de l’humanitaire, mais bien de la conception que nous avons de nous même, de notre espèce, d’une idéologie en fait. Je vais tenter de vous présenter ici ce qui m’a semblé essentiel dans cet ouvrage.


 L’humanisme n’est qu’une croyance 

Si il y a un point à retenir de cet ouvrage, c’est que l’humanisme est basée sur une croyance: celle que l’homme est supérieur aux animaux à l’animal. C’est d’ailleurs pourquoi l’auteur commence par montrer les origines de cette séparation entre animal et homme (celle qu’on est sans cesse obligé de critiquer, au final, à travers les questions qu’on nous balance pose), celle-ci est, à la base fondée sur une conception religieuse.  A l’époque (Ancien Régime, avant les Lumières et le positivisme grossièrement) le monde se constituait de trois catégories, pensait-on : l’animal, l’homme, et le divin. L’homme étant doté de capacités divines (vertus) vers lesquels il devait tendre, et de capacités bestiales (vices) dont il devait s’éloigner.  Malheureusement, c’est peu de le dire, la « mort du divin »,  n’a en rien altéré cette séparation entre homme et animal, et ceux malgré la contradiction flagrante avec les connaissances scientifiques: à savoir que l’homme n’est pas séparé par nature des animaux, puisqu’il en est un (biologie de base, merci Darwin).
Au final, malgré l’absence de Dieu, du divin est resté en nous sans qu’il existe pour autant. Une sorte de miracle qui ferait de notre seule espèce un être suprême. Si la religion ne le justifie plus, l’humanisme "métaphysique" (= ce terme veut dire qu'on est dans l'ordre de la pensée, de l'idée, de la conception, et non dans l'ordre du faits physique. C'est au-delà de la physique) va le trouver dans le « propre », c’est-à-dire une nouvelle croyance qui ne porte pas son nom, mais pose comme scientifique le fait que l’homme soit au-dessus de tout. C’est ce qu’on appel un beau glissement de pensée. 
Comment la science a justifié cela ? En faisant croire, et en croyant que ses méthodes et son regard étaient objectifs et neutres, et donc que leurs résultats étaient nécessairement vrais. Or leur méthodes, leurs études étaient (et sont) fondées toujours sur l’idée que l’animal ne ressent rien, qu’il n’a pas conscience de sa vie, qu’il n’agit que par réflexe. Bref sur un tas de préjugés, de postulats. Plus largement, des capacités (réflexion, parole, rire, etc.) sont survalorisées chez l’homme (et ignorées, ou décrédibilisées chez les autres), et des capacités sont déposées comme supérieur face à d’autres capacités que nous n’avons pas, ou moins que d’autres.

 

Ainsi on se retrouve avec d’un côté l’Animal ou l’animalité (soumis aux lois de la nature, être de la Nature) et de l’autre l’Homme ou l’humanisme (être de culture, qui dépasse l’état de nature). Au final, on rationalise cette séparation, sans qu’elle soit, pour autant, fondée scientifiquement. Normal, rationaliser ça ne veut pas dire grand-chose, puisque les connaissances sont biaisées : tout comportement des animaux qui « rappellerait » des comportements humains ne ressortirait que de l’anthropomorphisme (sensiblerie si vous voulez), et tout comportement des animaux qui n’est pas conforme à un comportement humain ne peut dénoter que de l’animalité : bref, le prédicat de base étant que les animaux étant des animaux ont ne peut voir en eux rien d’autre que de l’animalité dans tout les cas, sans quoi c’est une erreur de jugement….

Vous l’aurez compris, et c’est avec ironie que l’auteur montre, au final, que cette nouvelle conception (dite rationnelle) sur laquelle nous fondons (dans le fond du fond) cette séparation, n’est en réalité qu’une croyance aussi obscure et circulaire que celle religieuse. En effet, cette division requière tout autant qu’avant de la croyance, de la divination, de la mystification et de la sacralisation même (puisqu’elle a permis d’omettre bien des questions et bien des recherches).


Mais pourquoi maintenir cette croyance ?

L’auteur ne développe pas en soi cet aspect, mais il ressort en fond, je le synthétise et me permet de le développer un peu ici.
"Le jugement dernier", Hans Memling, 1467-1471
   Garder un peu de divin en nous, quelque chose qui fait de nous des êtres spéciaux au sens de supérieur, c’est nous protéger de peurs terribles, d’angoisses existentielles : celle du non-sens de notre existence ; celle de l’affrontement de la mort et de la souffrance. C’est faire face au fait que possiblement, la mort et la souffrance ne sont pas déterminer par des critères moraux et/ou sentimentaux, , mais ne dépendrait que de règles communes aux autres espèces animales, végétales, minéral - mais aussi aux paysages, voir à l’univers (voir plus). On pourrait peut-être appeler ces règles : changement et adaptation, ou effet de cause à effet. Bien sur c’est encore une lecture restreinte à nos capacités de compréhension.

 

Bref, nous sommes mortels et rien ne peut garantir notre survie ou notre vie plus que celles des autres. Rien, ni agir bien, ni agir conformément, ni agir mal, ou par intérêt. Rien ne peut nous séparer de la souffrance et de la mort. La médecine, la sécurité globalement ne sont que des stratégies offensives ou défensives que notre espèces emploie, comme d’autres espèces en emploient d’autres ou les mêmes. Sont-elles plus efficaces ? Cela reste à voir en court, moyen et long terme, voir trèèèès long terme.

   C’est-à-dire que prendre conscience de cette idéologie qu’est l’humanisme, c’est prendre conscience de notre fragilité, et d’une réalité qui peut être effrayante : nous n’avons rien de spéciale qui nous dissocie fondamentale, « de nature ». Notre espèce est certes unique,  mais tout comme les autres. Rien ne nous sépare de la nature, car nous sommes dans cette nature, nous sommes cette nature, partout, constamment, sans jamais pouvoir la fuir, même en se détruisant et en détruisant. La domination dans ce cadre, reste un moyen illusoire et désespéré de donner un rôle divin à l’homme, c’est-à-dire qui lui permet de croire qu’il est spécial, et qu’il n’est pas comme tout ce qui l’entoure, à savoir parmi des lois (si s’en est) qu’il ne contrôle pas et ne comprend pas toujours d’ailleurs (on interprète jusqu’à un certain point, même en science, on appel ça des hypothèses). Notre capacité à nous poser des questions sur le sens de notre vie, et du sens de cette capacité (terrible pour certain) à nous là poser, ne fait pas pour autant de nous des êtres au-dessus des lois de la vie, ni supérieur aux autres vies. Ce n’est peut-être qu’une autre manière d’être au monde, comme si la nature inventait mille et un être différent, évolutif de manière presque artistique, esthétique, ou comme si ce n’était qu’un possible sur la terre, qu’une expérience parmi tant d’autre, de vie sur terre, d’adaptation en quelque sorte. Tout ça pour bien appuyer que la seule lecture possible de notre capacité humaine à nous demander pourquoi on peut se demander pourquoi n’est pas nécessairement le signe d’une marque divine ou suprême, ou métaphysique en ce sens. 

 

Du spécisme à toute forme de domination 

   Un autre point important, que je citais tout au début, c’est cette puissance incroyable de cette argumentation de Rouget, c’est qu’elle ne détruit pas seulement le spécisme, mais qu’elle détruit le spécisme comme étant le fondement, le dernier bastion argumentatif de toute forme de domination. Dans cette humanisme, pour Rouget (et d’autres grands penseurs qui ont déjà défendu cette thèse, mais pas approfondi philosophiquement comme Rouget je trouve), les animaux ne sont pas les seules à pâtir, car cette séparation entre homme et animaux peut glisser très facilement au sein de l’espèce humain, la frontière est si intenable, sans fondement, que nécessairement elle peut glisser sur le genre, la sexualité, la religion, l’ethnie, l’âge, les compétences, les capacités, la morales, la culture, etc. Si on peut justifier un acte de cruauté envers les animaux, si on peut justifier la domination de l’homme sur les animaux, alors on peut justifier tous les actes et toutes les conceptions de domination interhumaine. Ce qui est effroyable ! 

 

Mais pourquoi, comment ?

C’est assez simple, puisque cette conception sépare l’animalité de l’humanité - et ce de manière abstraite, détachée de toute réalité scientifique, philosophique - ainsi ce qui est de l’ordre de l’animalité peut se poser sur tout être, même humain, car il n’a pas de réalité, ni de consistance. Il peut amener à séparer n’importe quelle catégorie d’autres en inventant autant de « propre » qu’on le veut pour sa catégorie et contre d’autres. Ainsi on parlera de « peuple à histoire  froide » (voir à ce sujet le livre très instructif « Zoos humains et exhibitions coloniales »), c’est-à-dire de groupe humain sans conscience historique, mais on parler aussi de peuple sans culture, sans langage, sans art ; on dira que les « noirs » sont des êtres impulsifs, dirigés uniquement par la passion, à la sexualité débridé ; on pensera les peuples primitifs comme une sous-espèce de l’homme qui viendra à s’éteindre pour laisser place à l’espèce caucasienne (occidentale) sous un principe d’évolution de l’homme. On décrira les juifs comme une race vicieuse, immorale qui pourrit la société comme un parasite et qui doit, de ce fait, être exterminée. On dépeindra parfois (selon l’époque) les pauvres  comme responsables de leurs propres sort, punis par dieu, fainéants, fraudeurs, responsables des maux de la société, purulent et dangereux (aussi victimes ou exclus à d’autres époques). Les femmes La femme sera jugée comme inférieure à l’homme, (ainsi que les enfants) elle sera jugé moins intelligente, restreinte à des capacités de maternage et de gestion de la maison, sans capacités à faire des études, incapable de se gérer elle-même, non-autonome. On considérera que l’homosexualité est une maladie génétique ou encore psychologique, etc. A chaque fois le processus de fond est le même, même si les moyens (les mécanismes de pouvoir) mis en place sont différents.

 

Photo d'un zoo humain - "jardin d'acclimatation" 1889
  
La société industriel et les animaux
   Une deuxième partie se détache un peu, elle n'existe pas à proprement parlé, je me permet ici de le faire pour le travail de synthèse que je vous propose. Elle se compose de plusieurs petits articles, je ne ferais pas une synthèse de chaque, mais une globale. Elle consiste en une réflexion sur notre société, ses fondements, ses valeurs, et en quoi celle-ci participe du processus d’annihilation (c’est-à-dire de dénie, de rejet, et de destruction) des animaux, et parfois (tout le temps ?) de nous-mêmes. C’est une réflexion globale, qui peut paraitre à certain égard consensuel dans un milieu de révolté, indigné, voir anarchiste, mais elle est au final précise et réussit à sortir d’un discours déjà trop entendu en apportant des éléments de lecture nouveau et intéressant - même si elle gagnerait encore à être creusée.
   Pour l’auteur, notre société est fondé (je raccourcis !) sur l’utilitaire, et sur une citoyenneté de la consommation. Grosso modo, notre responsabilité en tant que sujet d’une société ce limite à consommer, acheter, se détacher et jeter. Le désir n’est plus moteur de créativité, mais sans cesse frustré et désinvesti. Il n’est plus question ainsi de désir, mais seulement de convoitise et de concupiscence. Le monde dans lequel nous vivons est entièrement conçu sur un principe fondamentale : produire pour produire, ou produire pour faire des bénéfices. C’est la deuxième caractéristique de notre société : elle est industrielle, en plus d’être utilitaire (consumériste).

Qu’est-ce que le mode industrielle ?

 

   

   Ce mode s’oppose à la physis (la nature) et s’inscrit pleinement dans l’hubris (la démesure) : l’un correspond à un mode limité, de cycle, l’autre de processus infini. L’un produit, spécifie, singularise, et entre dans un cadre cyclique changeant renouvelé ; l’autre reproduit indéfiniment le même  et sa finalité est dans le mouvement même de reproduction et non dans l’objet (obsolescence programmé). L’objet est en fin de compte inintéressant et inexistant à partir du moment même où il est vendu, c’est-à-dire que dans le processus industrielle, dépendant d’un processus commerciale, l’objet n’a pas de valeur en soi. Alors que dans la nature chaque être et objet vaut pour lui-même et il ne cesse jamais d’avoir du sens car il nait du vivant et il meurt comme vivant, dans le vivant. Il ne cesse jamais d’exister, mais dans un mouvement d’éternel changement, tandis que le mode industriel (qui lui-même est inclus paradoxalement dans le vivant) est processus de dé-existation, d’annihilation. 

 

   

   Le processus industriel est une idéologie en cela qu’elle construit un cadre de pensée, il n’est pas seulement un cadre structurel fait d’usine et de machines. Fondamentalement, il fait dés-exister, alors même que de manière absolu (c’est-à-dire que rien ne peut changer cet aspect), rien ne cesse d’exister profondément. Ainsi des iles de plastiques se constituent, les sols sont plein de radiation, de pesticides, de produits chimiques, de jetables, d’instantanées qui vivent et s’insèrent tout naturellement dans un cycle d’existence.  C’est en fait poétique et émouvant, même si pour un bon nombre de vivant cela implique concrètement souffrance et mort, sauf pour la nature qui elle survivra, prendra d’autre forme car elle est dans une temporalité et une globalité (la terre) sur lequel nous n’avons pas de pouvoir (à moins de faire exploser la Terre). 

 

Que deviennent les animaux ?

 

   Dans ce processus industriel les animaux sont aussi annihilés et dés-existés, comme toute chose et tout être qui y passe : il n’a ni naissance, ni mort, le vivant est modeler génétiquement pour ne plus être du vivant, c’est-à-dire ne plus avoir cette capacité à faire naitre du particulier, du singulier, mais à faire du vivant une chose répété à l’infini, sans existence donc. Le vivant est insérer dans un schéma linéaire, et non plus cyclique. C’est pourquoi on parle de l’Animal, il n’est plus qu’un concept que ce soit dans l’alimentation, dans la vente, dans la consommation. Ainsi, qu’il s’agisse du dernier chien rikiki kawai, ou du dernier Smartphone, ils sont de même nature dans le processus industriel. D’ailleurs, le chien de race, ou la marque de tel objet (picasso ou guess) font aussi partie de ce processus industriel, puisqu’il faut reproduire de l’unique indéfiniment, ce n’est pas la particularité de l’objet qui compte, mais la reproduction de l’unique: reproduire des chiens de race, reproduire des pièces de marque, certes en nombre limité, mais à chaque fois il faut trouver de nouvelles pièces uniques. Elle relève tout autant du consumérisme, et d’une illusion sur l’unique, et elle s’encre aussi dans le jetable : la valeur de l’objet se réduit à sa valeur marchande et de sa mode (tendance ou pas un Picasso dans son salon art moderne ? Tendance ou pas un chiwawa dans un sac à main Longchamp ?), elle n’a pas nécessairement de valeur esthétique pour la personne, ni de valeur sentimentale. Il n’y a pas d’attachement, d’investissement, juste de la convoitise, et de la frustration.

L’élevage, comme l’abattoir font partir des structures matériels (infrastructures), de la machinerie qui permet ce traitement industriel. Mais c’est le discours, comme l’appui bien l’auteur, qui fait et rend possible ce processus morbide de répétition, de reproduction. Ce qui est intéressant c’est que pour l’auteur, dans ce mode industriel, la lassitude et la culpabilité n’ont pas lieu car la banalité y est inscrite comme principe (dans ce mouvement de répétition de base). Malheureusement cet aspect n’est pas beaucoup développer, j’espère que l’auteur approfondira cela dans un prochain ouvrage.

 

   Je vais tenter d’expliquer (comprendre) la chose, avec mes pauvres neurones et de vous en donner une lecture possible. Je pense d’abord que la lassitude et la culpabilité ne disparaissent pas fondamentalement, mais sont enfouis, ensevelis. On le constate très rapidement lorsqu’on n’est antispéciste (végé), et qu’on explique qu’on ne mange pas de viande par principe, par éthique, l’autre se sent presque automatiquement et plus ou moins inconsciemment « traité » d’assassin, de meurtrier, et/ou d’être inférieur aussi en ce sens, d’immorale (encore un relan judéo-chrétien, décidément !). Les réactions peuvent être virulente, et je pense que c’est attacher à cette enfouissement que construit cette banalité. 

 

   Deuxièmement, je pense que cet enfouissement de la lassitude et de la culpabilité sont garanti par la frustration. C’est-à-dire que la frustration permet de palier à la lassitude et la culpabilité qui ressortirait nécessairement, je pense, d’un mode industriel, utilitaire. La frustration doit pouvoir nous maintenir dans une tension vitale, en quelque sorte, que la banalité du mode industriel, répétitif, ne permet pas sinon. Ceci dit, la frustration est un fondement du mode industriel, qui ne pourrait pas exister sinon. Banalité et frustration sont donc deux éléments nécessaires au mode industriel actuel et fonctionne ensemble. On peut également rattacher cette lecture de Rouget à celle d’Hannah Arendt (philosophe juive allemande ayant vécue pendant le nazisme), pour mieux saisir ce processus de banalité/frustration. Cette philosophe parlait (à propos du nazisme et des camps) de banalité du mal, qui s’exprime par un devoir de conformité à la morale/aux lois de la société où l’on vit. Elle peaufine cette analyse notamment en étudiant le cas d’Eichmann, un des « grands responsables »  de la mise en place de la déportation et de la « solution finale » (extermination des juifs). Dans son ouvrage (la lettre à Eichman) elle décrit un homme à la fois normale, mais aussi médiocre car asservi par ses frustration, un homme qui est de très bonne famille mais qui n’a pas bien réussit ces études, mais qui trouve dans le parti des travailleur socialiste (partie d’Hitler) un moyen de montée en grade et de ne plus être moquée pour sa situation. L’horreur des actions, ou de ce qu’implique les projets qu’il doit réaliser sont effacés, banalisé sous ce jeu de tension entre frustration et satisfaction. Sa vie est à la finale joie quand il réussit un projet (quel qu’il soit) et qu’il est félicité), et grand malheur quand il échoue. Cette conformité aux règles tient (maintient) ainsi sa puissance dans un mode qui le pose comme principe fondateur. On pourrait dire alors que le mode industriel se constituant dans ce jeu de frustration/satisfaction, de conformité aux règles sociales (qui sont la mode, la réussite, etc., ce serait à mieux réfléchir) marque une intensifiant, par son expansion, de cette banalité du mal. Elle poserait nos sociétés comme d’autant plus dans cette banalité du mal qu’en 1939-1945 sous le régime d’Hitler. C’est plutôt effrayant dit ainsi. Ce n’est bien sur qu’une lecture qui manque encore de travail.

 

 Parc à veau, actuellement au USA / Camp de concentration et d'extermination, 1941 en Europe

 

Conclusion 

 

   Au final, l’humanisme comme idéologie porte un discours d’une violence terrible. Cet humanisme, et cette société utilitaire de « jouissance maximal citoyenne », qui vont de paire, nous demande de nous désinvestir des objets, des êtres, de l’être, au profit d’une existence supérieur illusoire qui implique la mise en place de structure de reproduction qui banalise et rend infini le meurtre des animaux (mais aussi d’autres être).

Je pense que cet ouvrage est incontournable, tant il apporte une réflexion de fond (qui peut être critiqué certes). Il nous amène à être vigilant, non seulement en ce qui concerne nos comportement vis-à-vis des animaux, mais vis-à-vis des discours sur le vivant en général, et sur notre rapport aux objets, à la consommation, à la politique, à la nature.

En bref, Patrice Rouget démontre avec puissance la violence de notre humanisme, il révèle la violence des discours sur les animaux, comment ceux-ci sont avaler dans des mécanismes industriels de production pour produire. Les animaux ne sont plus que des objets répéter à l’identique, dont la naissance et la mort n’est plus constitutif, dont ils sont effacés pour demeurer à jamais des produits.  

 

Tout ça me rappel un discours de Gary Yourosfky qui parlait sur une chaine télé d’Israël, il disait qu’aucun vegan ne pouvait être en prison. Cela ne peut être vrai que si on prend suffisamment de recul sur l’humanisme pour en comprendre le fond et les conséquences, et aussi uniquement si l’on croit que la justice est toujours juste, ou qu’il est simple de déterminer ce qui requière du bien et du mal. On peut très bien être vegan et penser ce qui ne le sont pas comme des êtres inférieurs, car immoraux selon nos propres conceptions morales. Ou encore penser les animaux comme supérieure à l’homme, ou comme les égaux de certains hommes, mais considérer les noirs, les homosexuels, les femmes, les musulmans, les omnivores comme des êtres inférieurs à supprimer, réguler, ou contrôler. Cet ouvrage nous met - nous vegan, végétariens, anti-spécistes - aussi en garde je pense, indirectement, contre une moralisation de la réflexion que nous portons. Une dogmatisation pour être plus précis qui ferait du Vegan une marque morale unique et suffisante. Cela amène à nous interroger, et à positionner l’antispécisme avant tout comme une réflexion de fond, et non comme une morale dogmatique.


point lecture:

"Désobéir pour les animaux"

par Les désobéissants

Ce petit livre est, je pense, indispensable pour toute association de défense des animaux et militant de la cause animale, à la fois parce qu'il fait un historique des différents types d'actions pour les animaux, qu'il contient un guide pour militant, et qu'il est tip-top à proposer sur un stand (étant donné sa taille et son contenu qui va à l'essentiel) ou à ses nouveaux membres. Mais aussi parce qu'il nous enseigne une bonne leçon: s'informer, se renseigner et réfléchir avant d'agir c'est crucial !

Ce petit ouvrage est sans prétention, et pourtant vous y apprendrez deux trois choses fortes intéressantes, même si vous êtes déjà bien calé sur le sujet. C'est un livre parfait à offrir à un débutant dans la cause animal, il y a de nombreuses sources et un bon nombre de références d'ouvrages et de sites à la fin pour "aller plus loin".

Vous comprendrez pourquoi j'ai choisi cet ouvrage en premier, ce n'est pas une grande référence, ce n'est pas un livre qui amène des idées révolutionnaires mais c'est un super livre à avoir sur soi quand on milite où si on souhaite militer.

 

Dans ce petit livre vous trouverez 4 chapitre:

 

Chapitre 1, Désobéir pour les animaux

Ce chapitre synthétise les raisons pour lesquels désobéir pour les animaux se justifie. Vous ferez un petit tour d'horizon rapide et efficace en passant par les aspects philosophiques, ce que dit la science sur les animaux, des explications sur ce que c'est que l'élevage, la pêche, etc. avec quelques chiffres; sans oublier des passages, parfois omis, sur le transport, les abattoirs et le bio; et pour finir par le cadre juridique actuel (pour les animaux et l'alimentation végé).

 

Chapitre 2, Petit histoire sur la désobéissance des animaux

Partie très intéressante pour les militants puisqu'elle apporte des informations sur différentes approches d'actions à la fois dans le temps, en ciblant parfois quelques grands mouvements (Animal Libération, A.L.F., etc.), mais aussi en détaillant par type de cible militante (fourrure, corrida, chasse, etc.). On y apprend à la fois comment s'est développé tel mouvement, quand, et avec quelles conséquences (juridiquement, socialement, politiquement).

 

Chapitre 3, Agir

Super chapitre, qui est, en quelque sorte, un guide pour militants (et associations donc) de la cause animale dont le point de mire est "penser aux conséquences" (pour les animaux, indirectement comme directement).

On apprend comment s'y prendre pour agir, quels outils utiliser (communication on s'entend ;)), les différentes formes d'actions possibles (actives comme passives) et, ET (très important) les choses à éviter ainsi que les actions problématiques (comme la libération d'animaux).

 

Chapitre 4: Des ressources pour aller plus loin

J'en ai parlé au début, vous trouverez dans ce chapitre des références de sites et de livres classés par thème (philo droit, corrida fourrure, végétarisme, documentaires films, etc.). Une petite mine d'or !

 

Ce petit livre ce trouvait un temps facilement en librairie, je ne sais pas si c'est toujours le cas. Son prix est de 5€ en papier et 2,49€ en e-book, bref, pas de quoi s'en priver !